Au-delà des prévisions à la baisse d’EuroAPI,
Faut-il s’inquiéter pour les CDMO ?
Le groupe de chimie fine a été contraint de revoir ses prévisions à la baisse. Une annonce qui a fait chuter son cours de Bourse. Au-delà de la trajectoire d’EuroAPI, l’entreprise met en avant des éléments de conjoncture inquiétants pour les CDMO.
EuroAPI a connu une nouvelle alerte. L’entreprise, née de l’activité chimie fine de Sanofi, a revu à la baisse ses prévisions de croissance. La progression annuelle de ses ventes devrait être comprise entre 3 à 5 %, contre 7 à 8 %, précédemment annoncés. Même cure de minceur pour son Core Ebitda, attendu en croissance de 9 à 11 %, contre 12,5 % à 13,5 % envisagés.
Un profit warning sévèrement sanctionné sur le marché. Le lendemain de l’annonce, le cours d’EuroAPI a dévissé de plus de 50 % pour toucher au plus bas depuis son introduction en Bourse, au printemps 2022. Le timing de l’annonce a paru déstabiliser les investisseurs, alors que l’entreprise avait confirmé ses objectifs annuels, lors des résultats du premier semestre, communiqués en août dernier. Au-delà de l’année 2023, c’est désormais la trajectoire de l’entreprise qui interroge. EuroAPI a suspendu ses données de perspectives à moyen terme, jusqu’en 2026.
La crise des financements biotech affecte la sous-traitance
Pour expliquer cette révision conséquente, la CDMO met en avant deux éléments de conjoncture. Le premier, la baisse des financements qui touche le secteur de la biotech. Faute de trésorerie suffisante, de nombreuses biotechs mettent en pause ou retardent le développement clinique de leurs produits. Un manque à gagner conséquent pour les sous-traitants qui assurent la production des lots cliniques.
De nombreuses CDMO cherchent ainsi à se positionner très en amont des projets, en espérant aussi capitaliser sur le succès possible des candidats-médicaments et sur les éventuelles retombées en cas de mise sur le marché. En 2023, « plus de 20 projets » ont été ainsi affectés chez EuroAPI, chiffre Karl Rotthier, le directeur général du groupe, qui note « une accélération, ces deux derniers mois » de cette crise du financement. Les raisons de ce manque de financements sont multiples et les biotechs subissent un contrecoup de la crise du Covid-19, avec des taux d’intérêt plus élevés, une plus grande allergie au risque pour les investisseurs ainsi que des incertitudes sur les débouchés possibles dans un contexte où les prix des traitements innovants sont aussi interrogés.
Une pression sur le prix des principes actifs
L’autre évolution qui a touché EuroAPI concerne la vente de principes actifs sur catalogue. Une activité appelée API Solutions chez le sous-traitant, qui représente plus de 70 % de ses ventes en 2022. Si l’année dernière, l’inflation sur les prix de l’énergie et les matières premières avait pu être répercutée, la CDMO observe désormais une « pression sur les prix » et remarque « des programmes de réduction des stocks chez certains clients ». Cette évolution du marché des API ébranle les prévisions de croissance. « Actuellement, le marché des principes actifs progresse seulement de 3 à 4 % », souligne Karl Rotthier. La pression sur les prix se fait davantage ressentir sur les produits « où les volumes sont plus importants et où la concurrence des producteurs européens et indiens est davantage présente », remarque le dirigeant.
Un effet à long terme ?
Désormais, l’entreprise s’interroge. « Nous voulons avoir toute la visibilité possible sur le fait de savoir si les changements que nous observons sur le marché sont partis pour durer », précise Karl Rotthier. EuroAPI a ainsi démarré « une revue stratégique afin d’adapter son modèle opérationnel » dont les conclusions sont attendues pour, au plus tard, la fin février 2024. Les conclusions d’EuroAPI seront examinées avec impatience par les investisseurs, mais aussi par le secteur qui a connu de nombreuses mutations, ces dernières années.
Au-delà du cas d’EuroAPI, si la pression sur les prix devrait perdurer, c’est tout le modèle d’une production pérenne de principes actifs en Europe qui est interrogé. Au moins pour une partie des molécules. La question se pose surtout pour les molécules faiblement différenciées. Un autre grand nom du secteur, la CDMO suisse Lonza, communiquait ainsi lors de ses résultats semestriels sur une perspective rassurante avec « une demande forte concernant les molécules hautement actives et complexes à fabriquer.» De quoi encore encourager les CDMO à investir dans ce sens.
Le manque de liquidités des biotechs, s’il venait à perdurer, pourrait aussi mettre en péril des CDMO de taille plus modeste que celle du géant EuroAPI. Des entreprises de plus petite taille qui, pour exister face aux grands noms du secteur (Catalent, Lonza, etc.), développent souvent des capacités sur mesure et se positionnent sur des molécules innovantes. Alors que la crise sanitaire avait mis en lumière le rôle des sous-traitants dans la production du vaccin contre le Covid-19, l’après-crise pourrait apporter son lot de défis à relever pour le secteur.


