Septodont, une ETI face au défi de la réduction de l’empreinte carbone

À l’heure de l’effort national pour la réduction de l’impact environnemental, certaines entreprises pharmaceutiques, à l’image du spécialiste des anesthésiques dentaires Septodont, choisissent de cadrer leur démarche pour gagner en efficacité. Des méthodes existent pour faciliter la tâche des laboratoires dans l’évaluation globale de leur empreinte carbone.

Septodont est le leader français des anesthésiques dentaires : son laboratoire en produit environ 850 millions par an.

© Septodont

Septodont est le leader français des anesthésiques dentaires : son laboratoire en produit environ 850 millions par an.

Dans le cadre de sa politique de lutte contre le changement climatique, la France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030, ainsi qu’à atteindre la neutralité carbone, d’ici à 2050. Pour parvenir à ces objectifs, l’ensemble des secteurs d’activité doit être réformé, dont le système de santé français. Celui-ci représente, à lui seul, plus de 8% des émissions nationales, selon les chiffres du rapport « Décarboner la santé », publié par le Shift Project, et repris par le gouvernement.

Alors que les directives officielles se mettent lentement en place, certaines entreprises pharmaceutiques prennent les devants pour tenter de réduire leur impact environnemental. Tandis que les grandes structures bénéficient de moyens importants en propre, et les petites, d’aides publiques, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) doivent faire preuve d’organisation et de méthode pour atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés, en ligne avec les engagements de leur secteur.

« Les ETI sont plus agiles que les grandes entreprises. Toutefois, le coût associé à cette transition nous oblige tout de même à planifier les investissements pour mieux absorber les dépenses », explique Loïc Allanos qui, après avoir travaillé pendant plus de vingt ans chez Servier, a intégré Septodont, en janvier 2023, en tant que directeur environnement et développement durable. Basé dans le bassin parisien, Septodont est un laboratoire français, spécialisé dans les anesthésiques dentaires, qui emploie près de 2 200 salariés, dont la moitié dans l’Hexagone. Et l’entreprise a fait de sa politique bas carbone une priorité stratégique. « Il s’agit d’une réalité qu’on ne peut plus ignorer et chaque société doit prendre ses responsabilités sur le sujet », souligne-t-il.

Une démarche sur tous les scopes

Depuis 2021, Septodont a mis en place une nouvelle gouvernance, au sein de son comité exécutif, visant à structurer et accélérer sa démarche. Une évolution qui s’est traduite aussi au niveau de ses sites. L’ETI a recruté deux « référents énergie » dédiés à ces questions, sur ses sites industriels de Saint-Maur-des-Fossés (94, France) et de Cambridge (Canada), pour mener sa transition écologique.

Pendant environ six mois, Septodont a réalisé un état des lieux de ses émissions directes et indirectes, poste par poste. De quoi évaluer le poids de la production (scope 1) dans son empreinte carbone. « Nous avons mesuré que 12% des émissions étaient directement en lien avec nos activités de production », confie Loïc Allanos. Et au niveau de ses lignes de production, l’entreprise a décarboné ses procédés en passant du gaz à l’électricité, et en remplaçant ses machines pour améliorer l’efficacité énergétique de ses usines.

Et le laboratoire ne compte pas s’arrêter là, puisqu’il aimerait « augmenter progressivement la part d’énergie renouvelable jusqu’en 2032 », sans toutefois définir une cible précise. Côté conditionnement, la marge de manœuvre était plus limitée. Les cartouches anesthésiques sont composées d’un flacon en verre serti d’une capsule en aluminium, deux composants qui n’ont pas été modifiés pour des raisons de complexité réglementaire, notamment. Par conséquent, pour alléger son bilan sur ce poste, Septodont a ciblé l’utilisation de plastique dans ses emballages secondaires.

Et, sans trop de surprise, des gains ont été réalisés sur le scope 3, via la logistique et le transport. En complément, « nous travaillons sur la diminution du transport aérien pour l’acheminement international de nos produits, ce qui doit nous permettre de diminuer de près de 10% nos émissions sur ce poste », chiffre le responsable. Septodont a également regroupé ses commandes afin de limiter ses envois. La mobilité des salariés a également permis d’alléger les émissions de scope 3. Septodont a notamment fait l’acquisition récente d’une flotte de vélos électriques et a mis en place un forfait mobilité durable.

Toujours sur le scope 3, une fois ces changements opérés, l’ETI s’est focalisée sur ses fournisseurs. « Nous intégrons progressivement des critères RSE, comme la politique environnementale ou le bilan carbone de l’entreprise, dans le choix de ces partenaires », indique le laboratoire. Septodont, qui possède six sites industriels en France, au Canada, au Brésil et en Inde, est déjà parvenu à diminuer de 10% ses émissions sur les scopes 1&2, entre 2022 et 2023.

Septodont possède trois sites en Europe, à Saint-Maur-des-Fossés (94), à Mazamet (81) ainsi qu’en Espagne, suite à l’acquisition de son concurrent Inibsa. (Crédit : Septodont)

Septodont possède trois sites en Europe, à Saint-Maur-des-Fossés (94), à Mazamet (81) ainsi qu’en Espagne, suite à l’acquisition de son concurrent Inibsa.
(Crédit : Septodont)

Désormais, l’entreprise devra concilier croissance et décarbonation. Le laboratoire a connu une belle progression, ces dernières années, notamment par le biais d’acquisitions. Septodont s’emparait, par exemple, de la division santé dentaire de Sanofi, en avril 2022, ajoutant quatre médicaments à son portefeuille, ainsi que des dispositifs médicaux associés. Plus récemment, le Français a signé le rachat de son principal concurrent espagnol Inibsa, étendant davantage ses capacités de production. En récupérant l’activité de l’entreprise espagnole, Septodont produit aujourd’hui environ 865 millions de cartouches par an.

Et l’entreprise prend à cœur son rôle de modèle sur le sujet environnement. Fin septembre, Septodont accueillait une vingtaine de dirigeants d’entreprises membres de l’Accélérateur Industries de la santé de Bpifrance, sur son site de Saint-Maur-des-Fossés (94), pour présenter son activité et sa stratégie environnementale. Une façon de montrer que même les ETI avaient des idées à partager.

 

Ecovamed accompagne la décarbonation

 

Faute de ressources en interne, certaines entreprises pharmaceutiques choisissent de se faire aider pour réaliser leur décarbonation. Le français Ecovamed a ainsi dédié son activité à l’accompagnement des acteurs du secteur pour la réduction de leur empreinte carbone. Pour permettre aux entreprises de contourner les obstacles de temps et de coût qu’elles rencontrent bien souvent, Ecovamed développe une méthode, associée à des bases de données sur les médicaments, pour réaliser l’état des lieux nécessaire à leur démarche.

Cet outil a été choisi par l’État pour servir de référence aux futures politiques nationales.

« Les laboratoires pourront ainsi calculer eux-mêmes leur impact environnemental et adopter les solutions adéquates pour le réduire », se réjouit Sébastien Taillemite, président d’Ecovamed.

Spécialiste de l’analyse des cycles de vie des produits pharmaceutiques, en lien avec l’écoconception, Ecovamed a également mis au point un comparateur d’empreinte carbone pour aider les industriels à choisir entre produire un dispositif médical à usage unique et privilégier un produit réutilisable.

L’outil, disponible en ligne sur son site Internet, prend notamment en compte la matière utilisée, l’origine de fabrication, les étapes du process de stérilisation et la gestion des déchets générés.

Reste un obstacle, commun à beaucoup d’entreprises de taille intermédiaire, celui du financement.

« Beaucoup de laboratoires ont des ambitions très fortes, mais il n’est pas toujours facile de les financer », poursuit le président d’Ecovamed qui encourage à réaliser un arbitrage pour déterminer les actions envisageables à court terme. Par ailleurs, ces changements peuvent prendre du temps, car la réglementation contraint les entreprises à de nombreuses démarches administratives.

Un inconvénient que déplorent les acteurs du secteur, tout comme Sébastien Taillemite : « On trouverait plutôt sain que les autorités favorisent les changements réglementaires, quand un impact environnemental a été mesuré et peut être atténué ».

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