Seqens accède à la biologie de synthèse grâce à Alganelle
Avec le savoir-faire de la société savoyarde Alganelle, le lyonnais Seqens entend bien accélérer son développement dans la fermentation industrielle. Il vise la production de polypeptides, de protéines, de polysaccharides et de divers métabolites directement dans des bactéries, des levures ou des microalgues modifiés par ingénierie génétique et métabolique.
©Alganelle
Un savoir-faire unique en biologie de synthèse
Au sein de Seqens, Alganelle apporte un savoir-faire unique, celui de la biologie de synthèse. Cette discipline consiste à pouvoir reprogrammer des bactéries, des levures, des cellules de plantes ou des microalgues pour leur permettre d’exprimer des molécules à haute valeur ajoutée, telles que des peptides, des protéines, des métabolites, des polysaccharides… On pourrait parler de biocatalyse in vivo, par comparaison avec la biocatalyse ex vivo qui consiste à mettre en œuvre des biocatalyseurs dans des installations chimiques classiques, à la place de catalyseurs chimiques traditionnels.
Les domaines d’application sont ensuite très variés. Alganelle se concentre, pour le moment, sur la cosmétique et la pharmacie. Mais des débouchés sont aussi possibles dans les biomatériaux, l’agroalimentaire ou l’agrochimie. Pratiquement, pour produire une molécule donnée par voie biotech, Alganelle va développer ce qu’elle appelle un châssis, à savoir un micro-organisme modifié qui, une fois mis en culture dans un fermenteur, sera en mesure de produire la molécule recherchée. Pour ce faire, la jeune pousse va s’appuyer sur ses propres technologies et savoir-faire, qui sont les fruits de plus de 30 ans d’expérience en biologie de synthèse. Les micro-organismes sont ensuite testés à petite échelle dans les laboratoires d’Alganelle, dans des réacteurs de quelques litres à peine. En revanche, pour ce qui est de la montée en échelle et de la fermentation industrielle, Protéus, partenaire complémentaire d’Alganelle, prend alors le relais.
Basée près de Nîmes, Protéus est spécialisée dans la mise au point de catalyseurs enzymatiques, mais également dans leur production. À cet effet, elle s’est récemment équipée d’un bioréacteur de 300 litres. Et cet outil pourra justement être utilisé pour conduire aussi des fermentations pour le compte d’Alganelle. « Lorsque l’on est un entrepreneur, on pense tout de suite qu’il faudra industrialiser et mettre sur le marché des produits. Ce qui nous ralentit, ce sont les investissements qui sont énormes. D’où l’intérêt de travailler avec un partenaire industriel qui a les capacités et l’expertise de la montée en échelle dans un environnement pharma », ajoute Ghislaine Tissot-Lécuelle.
Restera peut-être pour Seqens à investir dans des photobioréacteurs, lorsque la société choisira de travailler sur des microalgues en mixotrophie. Alganelle est l’une des rares sociétés au monde à pouvoir réaliser de l’ingénierie génétique et métabolique sur des microalgues qui ont la faculté de pouvoir se développer avec un apport de lumière et du CO2 (ce qui nécessite l’usage d’un photobioréacteur) ou, comme tout micro-organisme, dans un fermenteur alimenté avec une source de carbone organique, comme du sucre ou de l’acide acétique (on parle alors d’un mode de culture en hétérotrophie).
Une stratégie de CDMO et de production de produits propriétaires
À ses débuts, Alganelle était essentiellement tournée vers le développement de produits propriétaires proposés en tant que principes actifs pharmaceutiques ou cosmétiques. On peut citer, par exemple, le collagène qui est une protéine structurale essentielle dans notre corps et que la société est en mesure de proposer en version végane et innovante, l’acide hyaluronique qui est un polysaccharide, mais également des ingrédients pharma actifs tels que des antimicrobiens et antiviraux anti-Sars CoV1 et CoV2, ou contre l’herpès.
D’ici dix-huit à vingt-quatre mois, de premiers produits pourraient faire leur entrée sur le marché. Mais la société mène en parallèle une stratégie de CDMO, correspondant à une synthèse à façon pour le compte de clients. Sur ce terrain, Alganelle apporte une brique technologique supplémentaire à Seqens, lui permettant de réaliser certaines productions, de façon la plus économique possible, en affichant une empreinte carbone réduite par rapport à une synthèse chimique classique. Exemple, avec la synthèse des peptides.
La chimie classique peut produire des peptides composés de 50 à 100 acides aminés, ce qui est à peu près la limite. Alors que ce type de synthèse peut nécessiter d’utiliser des acides aminés coûteux et d’employer des solvants toxiques, l’usage de la biotech raye ces inconvénients. Elle permet d’atteindre à la fois des peptides (de quelques acides aminés) et des molécules de plus grande taille, composées de plus d’un millier d’acides aminés, ce qui correspond à des tailles de protéines complexes. Ceci tout en assurant les conformations particulières, indispensables à la fonctionnalité et à la stabilité de ces molécules (en permettant, par exemple, la formation des ponts disulfures, si nécessaire). Le savoir-faire d’Alganelle est considérable, si sensible et unique qu’il n’est, pour l’heure, protégé que par un seul brevet. Une stratégie qui pourrait aussi évoluer sous l’aile protectrice de Seqens.
Alganelle est une société innovante de biotechnologies spécialisée dans le développement et la production de molécules naturelles à haute valeur ajoutée, à partir de microalgues, utilisées comme usines cellulaires photosynthétiques.


